lundi 23 mai 2016

Effractions

J'ai pu reprendre depuis quelques temps mon atelier d'écriture que j'avais abandonné pour cause de déménagement. Et franchement çà fait vraiment du bien de reprendre ce temps vraiment pour moi :)

"Portes, volets, murs, broussailles et aussi paupières, peau ou boîte crânienne... autant de barrières protectrices, de remparts qui séparent le dedans du dehors.
Derrière, il y a toujours de l'inconnu - et souvent on a bien envie de savoir de quoi est fait cet inconnu, cette intimité, cet "autre monde" si bien protégé.
Mais pour çà, il faut franchir la barrière, quelle qu'elle soit.
Parfois même, on est obligé de la "fracturer" pour pénétrer dans la matière qu'elle protège: entrer dans un lieu, une maison, un matériau, un corps, une pensée que l'on ne connait pas et où l'on n'est pas invité - entrer par effraction.

Ce soir, vos personnages vont vivre une effraction.
Vont-ils entrer en secret? par force? par hasard?
Est-ce une effraction solitaire? ou à plusieurs?
Est-elle volontaire? Préparée, préméditée? Soudaine, comme répondant à un désir subit ou à une nécessité?

Et qui sont vos personnages? 
Des bandits, des chiens errants, des voleurs de poules, des enfants? Des manipulateurs? Des perceuses électriques...?

(Mais on peut aussi vivre l'effraction de l'intérieur: avoir la sensation qu'une image, que des mots font irruption en soi de manière intempestive, comme par effraction; ou avoir conscience qu'on pénètre chez soi... Et que pensent le mur ou la montagne qu'on perce, l atome qu'on fissure, la terre qu'on creuse, le bois qu'on vrille?)

Contraintes:
- utiliser les mots que nous venons de tirer au sort, dans l'ordre P-A-R-E-F-F-R-A-C-T-I-O-N
- acrostiche: chaque paragraphe ou chaque phrase commencera par les lettres, dans l'ordre, de E-F-F-R-A-C-T-I-O-N-S "



En cet été caniculaire, j'ai envie d'autre, de différent. De moments de partage pour sortir d'un quotidien étouffant. Et surtout d'aborder ma vie routinière d'un oeil neuf et d'un pas sautillant!

Furtivement, j'arrive sur les lieux du crime! Autant vous dire que je rumine déjà et que je doute de mes capacités à faire ce bond en avant! Mon euphorie d'il y a quelques instants est maintenant retombée aussi mollement qu'un soufflé!

Formidable était l'idée pourtant! Un feu de camps en cette belle journée estivale, un petit bois feuillu pour protéger d'un soleil vaillant, quelques rhododendrons d'un rose éclatant, signe du passage de la main de l'Homme, des anémones offrant un parterre accueillant aux retardataires comme moi. J'appréhende pourtant cette entrée en matière et tous ces inconnus qui vaquent à des occupations plus ou moins attrayantes!

Ridicule comme à mon habitude! Je m'imagine des scénarios tous plus catastrophiques les uns que les autres. Je recule d'un pas, puis de 2 prête à renoncer quand soudain une délicate petite coccinelle se pose sur mon épaule. Je l'entends presque murmurer: "Courage, tu vas y arriver!" Ce signe bienveillant d'un destin supposé me revigore!

Allons-y! De grandes tables sont disposées en quinconce ce qui accroît inopinément mon angoisse. Quelle excuse puis-je inventer pour m'éclipser subrepticement? Quel prétexte falacieux puis-je donner à l'organisation de ce moment de convivialité?

C'est alors que d'un groupe un peu trop proche, émerge un jeune homme au tee-shirt vert olive. Alerte maximale, barrières solidement érigées et sécurisation du périmètre optimale, je suis prête! Visage fermé contre sourire désarmant... Ne pas flancher... Mes mécanismes de défense pourtant bien rodés ne semblent pas l'arrêter. Il me propose de rejoindre le petit groupe dont il s'est détaché et de me lancer dans une partie de quilles endiablée! Le prétexte valable que je trouve systématiquement se laisse désirer. Je n'ai d'autre alternative que d'accepter. Me voilà intégrée plus rapidement qu'espéré. La pression ne retombe pas pour autant. Mille et unes idées sombres fourmillent dans mon esprit dérangé. Ma maladresse, ma dramatique absence de conversation ou le stress qui transpire de chacun de mes pores vont inévitablement avoir raison de la sympathie ambiante. Et de l'oeil pétillant du jeune homme en question.

Toutefois, autour de la table s'écroulant sous le poids de victuailles qui pourrait nourrir un régiment, installée auprès de lui, partageant quelques bribes d'une conversation déliée et fluide, je m'avoue surprise. Et évidemment inquiète. Quel que soit le membre de la gente masculine, il a ordre de garder ses distances. C'est une règle qui ne souffre d'aucune dérogation possible. C'est une ligne de conduite que je m'impose et qui me protège de toute désillusion.

Il faut tout de même avouer que mes protections ancestrales ne semblent pas refroidir l'éclat lumineux de son regard... La soirée file à une allure folle entre jeux, chamallows grillés et fous rires incontrôlés. Une sensation inhabituelle monte au creux de mon ventre et une sérénité naissante m'impose un sourire d'une sincérité désarmante.

Oui, cet homme a réussi un tour de passe-passe auquel je ne m'attendais pas. Oui il est entré par effraction dans mon coeur et dans ma vie. Oui, il s'est emparé d'une clé que je pensais à jamais enfouie. Et oui cette irruption intempestive a provoqué par la suite une succession de sueurs froides.

Néanmoins, chaque jour, je remercie cette coccinelle d'avoir forcé ma destinée, je remercie mon coeur grillagé de s'être laissé transpercer et je remercie cet homme pour le soleil qu'il distille dans mon quotidien.

Souvenirs d'un imprévisible assaut par Violette Calamité

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